
Annales de démographie historique (2-2025)
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Jusqu’aux années 1990, l’historiographie a placé l’émergence de la primogéniture au Xe siècle. Par extension, on a longtemps considéré que les cadets étaient exclus du pouvoir à partir de cette période après des siècles de relative égalité avec leurs aînés. Ces modèles anciens ont été remis en cause et les travaux les plus récents invitent à reconsidérer la place des cadets en mettant l’accent sur la fluidité des pratiques. L’étude du lexique, malgré ses difficultés, montre que l’intérêt pour la hiérarchisation des fils (beaucoup plus que des filles) atteint son apogée à l’époque carolingienne. Les pratiques aristocratiques permettent de nuancer ce tableau : il semble qu’avant l’époque carolingienne, hors de la famille royale qui constitue une notable exception, le cadet ne soit pas dévalorisé. Au IXe siècle se développe un discours affirmant la primauté de l’aîné mais il reste cantonné aux sphères impériales. Au Xe siècle, malgré la relégation des cadets royaux aux marges du pouvoir, ceux-ci gardent une forte légitimité et, plus bas dans l’échelle sociale, les phénomènes d’exclusion des cadets restent rares : on assiste plutôt à une renégociation du rôle de chacun dans le but de consolider l’ensemble de la famille.
Until the 1990s, historians used to consider that primogeniture began during the tenth century. By extension, it was long considered that younger sons were excluded from power from this period onwards, after centuries of relative equality with their elder brothers. These old models have now been called into question, and the most recent studies tend to reconsider the place of younger sons by emphasising the fluidity of practices. A study of vocabulary, despite its difficulties, shows that interest in the hierarchisation of sons (much more than daughters) reached its peak in the Carolingian period. Aristocratic practices were a bit different. It seems that before the Carolingian period, outside the royal family, which is a notable exception, the youngest son was not devalued. The ninth century saw the development of a discourse affirming the primacy of the eldest child, but this remained confined to the imperial sphere. In the tenth century, despite the relegation of royal younger sons to the margins of power, they retained a strong legitimacy. Further down the social ladder, the exclusion of younger sons was rare: instead, there was a renegotiation of the role of each in order to consolidate the family as a whole.