
Littérature Nº221 (1/2026)
Pour acheter ce numéro, contactez-nous
Recevez les numéros de l'année en cours et accédez à l'intégralité des articles en ligne.
Cet article analyse la manière dont Emmanuel Carrère fait de V13 un dispositif littéraire issu du procès des attentats du 13 novembre. Il étudie la transformation de la théâtralité judiciaire en scénographie narrative, l’organisation d’une polyphonie de voix hétérogènes et le rôle structurant de l’écriture dans la mise en sens du matériau testimonial. L’étude interroge également la fonction mémorielle et réparatrice attribuée aux récits des victimes, ainsi que la position éthique adoptée face aux accusés, où se conjuguent effort de compréhension et maintien d’une distance critique. L’ensemble met au jour les limites de cette quête de sens : si la chronique éclaire ce que le dispositif judiciaire ne parvient pas à saisir, elle révèle aussi la persistance d’une opacité du mal et confirme la nécessité du geste littéraire dans l’élaboration d’une mémoire collective.
This article examines how V13 constitutes a literary dispositif emerging from the trial of the November 13 attacks. It focuses on the transformation of judicial theatricality into a narrative scenography, the structuring of a heterogeneous polyphony, and the role of writing in shaping traumatic testimonies. The study also considers the memorial and reparative dimensions granted to victims’ narratives, as well as the ethical stance adopted toward the defendants, combining an attempt at understanding with critical distance. Ultimately, it highlights the limits of this search for meaning : while the chronicle illuminates what the judicial apparatus cannot grasp, it also exposes the enduring opacity of evil and affirms the essential place of literature in constructing collective memory.

