
Littérature Nº223 (3/2026)
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Lorsque Laure Murat publia sous le titre Relire. Enquête sur une passion littéraire (Flammarion, 2015) les résultats d’une série d’entretiens sur les pratiques de relecture, son éditeur (son éditrice) crut bon d’orner chaque exemplaire d’un bandeau portant cette interrogation : « Pourquoi garde-t-on ses livres sinon pour les relire un jour ? ». Il n’est pas sûr que cette réponse soit la seule, ni la bonne : si j’ai conservé des milliers de livres, ce n’est pas tant dans l’espoir de pouvoir les relire que pour me souvenir de les avoir lus ; et s’il m’arrive d’en reprendre un, hors obligation professionnelle, c’est à la façon dont on détache une photo d’un album de famille. Les essais réunis par Judith Schlanger dans La Lectrice est mortelle (Circé 2013) nous invitent à réfléchir à ce qui se joue pour l’oeuvre et pour son lecteur (sa lectrice) dans le temps non plus de la rencontre mais de la reprise.
When Laure Murat published the results of a series of interviews on the practice of rereading under the title Relire. Enquête sur une passion littéraire (Flammarion, 2015; reprint, 2025), her publisher saw fit to adorn each copy with a banner bearing the question: “Why do we keep our books if not to reread them one day?” This answer is neither the only one, nor the right one: if I have kept thousands of books, it is not so much in the hope of being able to reread them as to remember having read them; and if I happen to pick one up again, outside of professional obligations, it is akin to removing a photo from a family album. The essays collected by Judith Schlanger in La Lectrice est mortelle (Circé, 2013) invite us to reflect on what it means for the work and its reader not at the time of the encounter but at that of the revisiting.

