
ROMANTISME N°209 (3/2025)
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Cet article esquisse une histoire littéraire de la conversation transatlantique entre lettres états-uniennes et européennes au XIXe siècle à l’aune des climats, météorologiques, historiques, et politiques. Ici, le trait d’union entre Europe et Amérique a un nom : le Gulf Stream, ce courant qui infléchit les climats et relie continents et empires à travers l’Atlantique noir. Dans Emerson and the Climates of History (1997), E. Cadava montrait déjà que les métaphores climatiques chez Emerson étaient inséparables d’une réflexion politique sur les questions de son temps. Le trope sera réinvesti à d’autres fins après la guerre de Sécession par le régionalisme américain qui regarde à nouveau du côté de l’Europe, l’Europe des régions cette fois, pour conjuguer au pluriel une nation et une littérature meurtries. Plus tard dans le siècle, l’Europe change encore de visage. Dans la littérature régionaliste de Nouvelle-Angleterre du dernier tiers du XIXe siècle, et les récits de Sarah Orne Jewett en particulier, se dessinent les contours d’une Europe qui ne se restreint plus géographiquement au continent, mais intègre ses colonies et, avec elles, un climat étrangement proche de celui d’une Amérique aux prises avec ses propres tentations coloniales, à Cuba ou Porto-Rico. C’est au miroir d’une Europe « tropicalisée » et dans les eaux troubles de l’Atlantique noir que l’Amérique vient se contempler et tremble de se reconnaître – sauf à se réinventer, à rebours et par-delà les siècles, des origines normandes et une Europe plus à son goût.
This essay explores a transatlantic conversation between American and European in the 19th century through the currents of the Gulf Stream, as a literary force shaping the climates, continents and empires across the Black Atlantic. In Emerson and the Climates of History (1997), E. Cadava has shown that Emerson’s climatic metaphors were inseparable from a political reflection on race, revolution, and slavery. After the American Civil War, the climatic trope was reinvested by US regionalism, which once again looked to Europe and found in its plurality of regional voices a model to emulate. But, as the US in turn became an overseas empire, in Cuba, Puerto Rico, or the Philippines, turn-of-the century New England regionalist literature, and Sarah Orne Jewett’s stories in particular, also turned to a different Europe — inclusive of its colonies and climatically, if not geographically, closer to the new US empire. Such a “tropicalized” Europe however made for an uncanny fearful double at a time when the invention of mythical Norman origins of a white America redesigned a more acceptable European alter-ego — this time, against the Gulf Stream.

