
Annales de géographie - N°769 (3/2026)
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Fruit de cinq années d’enquêtes qualitatives (2020-2025), l’article décrit comment les populations sans logement parviennent — ou non — à conserver des objets personnels dans une ville plus hostile que solidaire. Tandis que l’espace marchand urbain offre peu de ressources pour stocker en sécurité des possessions personnelles, les lieux d’assistance dédiés aux personnes en précarité résidentielle (accueils de jour, centres d’hébergement, etc.) ne sont pas conçus pour sécuriser ces objets. Face à cette carence des politiques publiques, les fractions des classes populaires précarisées sur le plan résidentiel, qu’elles soient hébergées par des institutions ou non, sont contraintes d’imaginer des tactiques afin d’avoir des objets et de les conserver. L’article analyse ces multiples expédients logistiques, en soulignant la charge physique, mentale, mais aussi économique, qu’ils représentent au quotidien. Au-delà d’un simple manque d’espace, il montre que ces contraintes traduisent une fragilisation du droit d’habiter et du droit de propriété des couches précarisées des classes populaires, révélant les limites d’une action publique gouvernée par l’urgence.
Based on several years of qualitative research (2020-2025), this article describes how people facing housing insecurity manage — or not — to store their personal belongings in a city that is as hostile as it is supportive. While the urban market space offers few resources for the safe storage of personal possessions, support centres (day centres, shelters, etc.) for people experiencing precarious housing conditions are not designed for the safekeeping of personal property. Faced with this shortcoming in public policy, working-class populations facing housing insecurity, whether homeless or not, are forced to devise ways to obtain personal items and keep them for the long term. This article analyses these many logistical expedients, highlighting the physical, mental and economic burdens they place on the people who use them daily. In addition to a lack of space in which to store their belongings, the author sets out to show that people who lack accommodation are demanding not so much a volume of habitable space as the right to live in it. Without this right to occupy a space, the rights of unstable working-class populations are significantly undermined, especially their property rights.

