
Annales de géographie - N°767-768 (1-2/2026)
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Cet article analyse les modalités de production et de circulation des matériaux de construction à Cuba, en particulier le ciment. Il questionne les recompositions des systèmes productifs, de la ville socialiste préfabriquée (1960-1990) à la capitale bricolée (depuis 1990), jusqu’à l’essor récent des importations et montre comment cela a affecté, selon différentes formes, la fabrique de la ville. Objets des politiques publiques, les matériaux de construction révèlent les dysfonctionnements structurels de l’économie cubaine, affectée par les sanctions étasuniennes depuis 1962. Les solutions proposées pour répondre aux pénuries, à travers l’institutionnalisation de la débrouille et du bricolage et la promotion récente des importations, témoignent d’un désengagement progressif de l’État du secteur. L’autorisation des importations privées remet en question la durabilité du système, alors que l’encouragement de la production artisanale et locale de matériaux révèle la part toujours plus grande confiée aux habitant.es dans la gestion des pénuries. Le recyclage et le ré emploi de matériaux, le soin particulier apporté aux objets ou les inventions architecturales contraintes sont révélatrices des stratégies déployées par les habitant.es pour faire sans. L’évolution des usages sociaux de ces matériaux, chargés de significations, valeurs et affects, et la dualité des circuits de commercialisation, entre secteur social et marché noir, révèlent également les recompositions d’une société cubaine inégalitaire et souligne les fragilités d’un État socialiste de plus en plus contesté.
Based on an ethnography carried out in Havana between 2021 and 2024, this article analyzes the production and circulation of building materials in Cuba, particularly cement. It examines the evolution of production systems, from the prefabricated socialist city (1960-1990) to the self-produced capital (since 1990), to the recent boom in imports, and shows how this has affected the city’s development in various ways. Building materials are governed by public policies and reveal the structural dysfunctions of the Cuban economy, affected by US sanctions since 1962. Solutions proposed to address shortages, through the institutionalization of scavenging and the recent promotion of imports, testify to the State’s gradual disengagement from the sector. The authorization of private imports calls the system’s sustainability into question, while the encouragement of artisanal and local production of materials reveals the ever-increasing role played by residents in managing shortages. The recycling and re-use of materials, the particular care taken with objects and the constrained architectural inventions are some of the strategies deployed by residents to cope with shortages. The changing social uses of these materials, loaded with meaning, values and sentiments, and the dual distribution channels — the social sector and the black market — also reflect the recomposition of an unequal Cuban society and underline the fragility of an increasingly contested socialist state.

