
Annales de géographie - N°769 (3/2026)
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Beaucoup a été écrit sur les réserves autochtones au Québec, mais les analyses spatiales de ce système géographique spécifique au monde colonial demeurent sous-développées. Cet article propose une lecture géohistorique et critique de l’implantation du système des réserves autochtones au Québec, en insistant sur sa genèse coloniale et ses effets territoriaux durables. En retraçant l’évolution des formes d’enclavement des populations autochtones depuis l’époque de la Nouvelle-France jusqu’aux politiques contemporaines d’aménagement du territoire, l’analyse met en évidence un processus de « réduction géographique » systématique. Loin d’être de simples entités foncières, les réserves sont abordées ici comme des dispositifs de ségrégation spatiale et de production coloniale de l’espace. Mobilisant une posture décoloniale et un cadre théorique articulé autour des travaux de Cole Harris, Jean-Jacques Simard et Patrick Wolfe, nous nous concentrons sur l’action de l’État colonial pour montrer comment la création des réserves constitue un « système géographique » qui répond à une logique d’assignation et d’expropriation territoriales. L’étude met en lumière une géographie ségréguée encore visible aujourd’hui, dans laquelle les réserves constituent à la fois les vestiges et les vecteurs d’un ordre territorial colonial toujours actif au Québec. À l’heure où les tensions vis-à-vis de l’exploitation des ressources naturelles et de l’aménagement du territoire demeurent vives dans la province, cette analyse critique peut aider à mieux comprendre le contexte géohistorique dans lequel se posent ces questions.
Much has been written about Indigenous reserves in Quebec, yet spatial analyses of this geographic system specific to the colonial world remain underdeveloped. This article offers a geo-historical and critical reading of the establishment of the reserve systemin Quebec, emphasizing its colonial origins and enduring territorial effects. By tracing the evolution of the forms of enclosure imposed on Indigenous populations from the era of New France to contemporary planning policies, the analysis highlights a process of systematic “geographical reduction”. Far from being mere land units, reserves are examined here as mechanisms of spatial segregation and colonial production of space. Drawing on a decolonial stance and a theoretical framework informed by the works of Cole Harris, Jean-Jacques Simard, and PatrickWolfe, we focus on the action of the colonial state to show how the creation of reserves constitutes a “geographic system” rooted in a logic of territorial assignment and expropriation. The study sheds light on a segregated geography that remains visible today, in which reserves appear both as remnants and as vectors of a colonial territorial order still active in Quebec. At a time when tensions surrounding natural resource exploitation and land-use planning remain acute and persistent in the province, such a critical understanding can help situate these issues within their geo-historical context.

