
L'information géographique (2/2026)
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Cet article aborde une spécificité marquante de la géographie québécoise contemporaine : le paradoxe entre l’abondance de la ressource hydrique et son inaccessibilité. Malgré un domaine public couvrant 92 % du territoire et une abondance de lacs et de rivières, l’accès aux plans d’eau du Québec demeure difficile pour la grande majorité de la population. Cette recherche quantifie pour la première fois l’ampleur du phénomène de l’enclavement des eaux publiques par la propriété privée. Une méthodologie innovante croisant les données cadastrales, les informations foncières et la géométrie de l’hydrographie québécoise analyse la propriété riveraine autour de 624 plans d’eau dans 104 municipalités. L’analyse révèle un taux médian de privatisation des rives de 95,8 %, avec une accessibilité publique effective estimée à moins de 2 %. Ces résultats confirment une dépossession collective massive résultant d’une double fracture territoriale : l’éloignement du domaine public des milieux de vie et un enclavement foncier hérité de l’évolution historique de l’aménagement du territoire et du droit québécois de l’eau.
This article addresses a striking feature of contemporary Quebec geography: the paradox between the abundance of water resources and their inaccessibility. Despite a public domain covering 92 % of the territory and a dense network of lakes and rivers, access to water bodies remains difficult for the vast majority of the population. This research quantifies, for the first time, the extent of public water enclosure by private property in Quebec. Using an innovative methodology that combines cadastral data, land registry records, and the geometry of Quebec’s hydrographic network, we analyze riparian ownership around 624 water bodies across 104 municipalities. The analysis reveals a median shoreline privatization rate of 95.8 %, with effective public accessibility estimated at less than 2 %. These findings confirm a massive collective dispossession resulting from a dual territorial divide: the remoteness of the public domain from inhabited areas, and the landbased enclosure inherited from the historical evolution of land-use planning and Quebec water law.

