
Annales de démographie historique (1-2026)
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Le mariage chrétien est, sous l’Ancien Régime, le premier critère de légitimation de la cellule formée par deux individus de sexes différents. La vie commune entretenue après la réalisation de l’alliance semble être l’un des fondements du couple : il s’agit de «vivre à pot et à feu». Partager un toit et du temps permettait certainement de répondre au premier impératif conjugal défini par le sacrement du mariage chrétien : la procréation; de même que cela encourage les échanges entre les époux, autant que leur complémentarité dans la réalisation des tâches domestiques, professionnelles ou de gestion des biens. C’est ainsi que naît «le ménage» entendu comme une unité de vie, de production et de consommation. Cet article propose d’examiner, par l’étude du cas particulier du couple formé par Barbe de Boulogne et Louis d’Ailleboust (1638-1660), la validité de ces critères pour définir l’objet «couple» au XVIIe siècle, dans le contexte de l’installation en Nouvelle-France. Car les impératifs religieux et juridiques qui entourent le mariage ne réduisent pas à néant les pratiques personnelles. Cet article cherche donc à pénétrer les volontés communes de deux époux, qui, en rejetant la procréation, paraissent avoir fait du couple une expérience à part entière ne nécessitant pas d’être prolongée par la naissance d’enfants et la construction d’une famille. Il s’agit de comprendre, grâce à cet observatoire privilégié, comment le couple peut devenir un espace d’expression et de protection mutuelle dans le contexte de la Réforme catholique.
Under the Ancien Régime, Christian marriage was the primary criterion for legitimising a union between two individuals of different sexes. Living together after the union was formed, seemed to be one of the foundations of the couple: it was a matter of “sharing a pot and a fire.” Sharing a roof and time together certainly allowed to answer to the first marital imperative defined by the sacrament of Christian marriage: procreation. In addition, it encouraged exchanges between spouses, as well as their complementarity in carrying out domestic and professional tasks and managing property. This is how the “household,” understood as a unit of life, production and consumption, came into being. This article intends to examine, through the study of the specific case of the couple formed by Barbe de Boulogne and Louis d’Ailleboust (1638-1660), the validity of these criteria for defining the concept of “couple” in the 17th century context of settlement in New France. For the religious and legal imperatives surrounding marriage do not negate personal practices. This article therefore seeks to penetrate the common will of two spouses who, by rejecting procreation, seem to have made the couple an experience per se that did not need to be prolonged by the birth of children and the building of a family. The aim is to use this unique observatory to understand how the couple can become a space for mutual expression and protection in the context of the Catholic Reformation.