
Annales historiques de la Révolution française Nº423 (1/2026)
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Cet article explore le phénomène de la désertion dans le dernier quart du XVIIIe siècle, très répandu dans la Royal Navy britannique, dans laquelle des marins avaient pris la décision de rejoindre des navires américains, néerlandais, franc¸ais et espagnols. À partir des dossiers de cour martiale des 57 marins de la Royal Navy instruits pour avoir fui vers l’ennemi entre 1775 et 1801, cet article avance trois arguments originaux. Tout d’abord, il suggère que le nombre d’hommes désertant vers l’ennemi a augmenté durant cette période, et que les tentatives collectives de déserter sont devenues plus courantes. Deuxièmement, il analyse les motivations de ces hommes, montrant que des motivations politiques, idéologiques et économiques nouvelles et dépassant les loyautés nationales sont présentes. Enfin, il examine la réponse de l’État britannique. Détaillant les grands efforts déployés par l’Amirauté pour appréhender les fugitifs, l’article interprète ceux-ci comme l’expression d’une forme de répression étatique. Bien que centré sur le cas des marins britanniques, l’article se termine par quelques réflexions plus larges sur les mobilités maritimes, plaçant ainsi la question de la désertion dans le contexte plus vaste de cet Âge des Révolutions où les allégeances nationales et politiques sont en mutation1.
This article explores the phenomenon of “desertion to the enemy” during the latter decades of the eighteenth century. Desertion was rife in the eighteenth century British RoyalNavy, and some of thesemenmade the conscious decision to join American, Dutch, French and Spanish vessels. Based on court martial records of the 57 Royal Navy sailors known to have run to the enemy between 1775 and 1801, this article makes three original arguments. Firstly, it suggests that the number ofmen deserting to the enemy increased during this period, and that “collective” attempts to desert to the enemy also became more common. Secondly, it analyses the motivations of these men, arguing that political, ideological and economic motivations frequently challenged and overcame national loyalties. Lastly, it considers the response of the British state, detailing the extreme lengths the Admiralty went to apprehend runaway sailors, and interprets this as a form of state-repression.While focused on “British” sailors, the article concludes with some wider reflections on maritime mobilities, and places desertion to the enemy in the wider context of the “Age of Revolution” when both national and political and loyalties were in flux.