
Romantisme N°212 (2/2026)
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Les « Lettres chimériques » sont un ensemble de chroniques qui paraissent en 1863 au Figaro puis en 1883 au Gil Blas, au coeur de la vaste production en prose de la fin de la vie de Théodore de Banville. La forme lettre, conventionnelle, et le maniement des topoï du genre de la chronique journalistique – paradoxe, coq à l’âne... –, hérités des pratiques de chroniqueur au long cours de Banville, s’y conjuguent à l’évocation d’enjeux critiques et historiographiques.De la sorte, l’actualité parisienne et ses événements dialoguent avec le XIXe siècle littéraire, et même au-delà : sous la plume de Banville, la chronique parle de tous les temps, en parlant de son temps. Nous entendons démontrer que, si une grande question parcourt cet ensemble – comment créer ? –, celle-ci est aussi un miroir tendu à la chronique elle-même, espace de tension entre la légèreté, l’éphémère, et l’ambition critique. En cela, on aurait tort de voir du dogmatisme critique dans ce corpus, qui travaille la métaphore du masque et du décor – Paris en est la toile de fond –, et s’ingénie à déconstruire ce que la première partie de la chronique élaborait comme mythes. La chronique et ses topoï deviennent la matière même que le chroniqueur-poète se charge, en une malice toute fantaisiste, de détisser et de retisser.
Lettres chimériques is a collection of chronicles published in 1863 in the Figaro then in 1883 in the Gil Blas that is central to Théodore de Banville’s extensive writings in prose towards the end of his life. The conventional letter format and topoï penned in the journalistic chronicle style – with paradoxes, non sequiturs and the like – inherited from Banville’s practices as a long-term chronicler, are blended in these writings with evocations of critical and historiographical issues. This creates a dialogue between contemporary Parisian life and events and the literary world of the 19th century and beyond: the chronicles written by Banville speak of all times by speaking of their own. We set out to demonstrate that, while a great question permeates this collection – how to create – the work also mirrors the chronicle itself, a space where tension plays out between light-heartedness, the ephemeral and critical ambition. The chronicle and its topoï become the very material that the chronicler poet undertakes to unravel and recreate in all his fantastical mischievousness.

